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divendres, 16 de març del 2018

J'ÉVOQUE



J'évoque les chansons
qui accompagnèrent les longues rangées de caravanes
à la conquête d'un espace vide,
et je soupèse à nouveau l'intensité de chaque mot.

Je marche jour et nuit à travers un paysage inventé
tandis que je pense aux heures froissées et jetées à la poubelle,
ainsi qu’à celles où prenaient corps et âme
des êtres avec qui je jouai à forger des fictions crédibles.

J'évoque et je lèche mes plaies comme un vieux chat
qui, arrogant et fier, refuse d'assumer les défaites.

J'évoque et j'écris, mû par un esprit de revanche, en utilisant les griffes d'un chat.

***
Traduction de Germán Vigo García



dissabte, 7 de març del 2015

ON MARCHE


V
On marche et, au même temps, on mûrit
en pensant, d’une manière équivoque,
qu’on va tout droit,
sur une vie sinueuse,
rarement amicale,
mais on est dans l’erreur,
notre chemin est marqué
par le cercle quotidien, le cercle annuel.
On est plongé dans un monde
qui roule sur lui-même,
qui fait de tours sur un point de lumière,
et chaque jour est recommencer,
et chaque année est recommencer,
de l’aube au coucher du soleil,
de l’équinoxe d’été à celui de l’hiver,
de la réalité au rêve.

Traduction d'Emili Gil

dimecres, 5 de març del 2014

SUR LE TAPIS VERT

XVI
Sur le tapis vert, sautent les dés du destin
et soudain, tout prend un autre relief:
la luminosité du ciel est plus transparent,
les battements deviennent plus intenses,
capture le regard les plus moindres détails
et les magnifie.
Tandis que les dés ivres
trébuchent et  roulent
une fois après l'autre
et rien ne semble les arrêter,
tu ignores si vous voulez quelqu'un pour les arrêter.
Le chance t'attend.
Devez-toi faire confiance.


XVI
Salten sobre el tapet els daus del destí                                                           
i de sobte tot pren un altre relleu:                                        
la lluminositat del cel és més diàfana,                                   
els batecs del cor es fan més intensos,                                 
la mirada capta fins el detall més petit                                 
 i el magnifica.                                                                     
Mentre els daus ebris                                                           
ensopeguen i redolen                                                           
una i una altra vegada                                                         
i no res sembla aturar-los,                                                      
ignores si vols que algú els ature.                                     
La ventura t’espera.                                                         
Confia en ella.                          

*****
(Traduction: Manuel Bellver Bayo
Du recueil de poemès Quadern per a Joan de Manel Alonso i Català )      

dijous, 27 de febrer del 2014

TU AS SOIF, MON AMI

IV
Tu as soif, mon ami, une terrible
soif qui a fait devenir une friche ta gorge.
Tu as un désir immense de l'eau fraiche, cristaline,
qui soit venue pour apaiser avec urgence
l'ardeur qui t’a échangé en raisins secs les mots.
Tu as soif, mon ami, et elle est la gargoulette chérie,
de sa bouche jaillissent de baisers et de mots liquides
qui viennent pour satisfaire un désir immense d’estime.
Tu as soif et elle est une source,
un lac où le désir fond dans l’amour.


IV
Tens set, amic, una set terrible
que ha convertit en un erm la teua gola.
Tens un desig immens d’aigua fresca, cristal·lina,
que vinga a apaivagar amb urgència
la cremor que t’ha convertit en panses els mots.
Tens set, amic, i ella és el cànter preuat,
de la seua boca brollen petons i paraules líquides
que vénen a sadollar un desig immens d’estima.
Tens set i ella és una deu,
un llac on el desig es desfà en l’amor.

*****
(Traduction: Emili Gil i Pedreño
Du recueil de poemès Quadern per a Joan de Manel Alonso i Català )

dimarts, 12 de juny del 2012

J'AI BESOIN DES MOTS




10.
J’ai besoin des mots
pour tisser un espace
une cachette où survivre,
une arme contre les débris du temps,
un sourire pour me défendre de la nécropole
en laquelle se transforme mon passé.






10.
Necessite de les paraules
per tal de teixir un espai,
un amagatall on sobreviure,
una arma contra els enderrocs del temps,
un somriure per a defensar-me de la necròpolis
en què es va convertint el meu passat.

*****
(Traduction: Enric Sanç i Ferrandis
Du recueil de poemès Hores baixes de Manel Alonso i Català )

dimarts, 5 de juny del 2012

LA LUMIÈRE DE L'HIVER


VIII
Ami, la lumière de l'hiver qui t’appelle avec un murmure
c'est l'artiste qui peint un paysage de couleurs chaudes,
images nécessitant une interprétation pour exister.
Le poète est le mouttargim nécessaire
son regard est capable de découvrir le détail
plus petit, mais pas pour autant moins important.
Le poète cherche un nom et un adjectif pour chaque chose,
définit le paysage et le temps
avec la structure artisanale d'un vers.
La lumière te réclame, ami, répond à son appel.



VIII
Amic, la llum de l’hivern que et crida amb un xiuxiueig
és l’artista que ha compost un paisatge de colors tebis,
imatges que necessiten una interpretació per a ser.
El poeta és el torsimany necessari,
el seu esguard és capaç de descobrir el detall
més petit, però no per això menys important.
El poeta posa un nom i un adjectiu a cada cosa,
fixa el paisatge i el temps
amb l’estructura artesana d’un vers.
La llum et crida, amic, atén el que et diu.

******

(Traduction: Germán Vigo García
Du recueil de poemès Quadern per a Joan de Manel Alonso i Català )


divendres, 1 de juny del 2012

IL N'EST PAS FACILE DE PARTAGER LA TRISTESSE

7.
Il n'est pas facile de partager la tristesse,
la substance qui est en elle
forme un bouchon.
Jamais on ne sait où
elle peut exploser
et jeter derrière elle
les morceaux de bonheur
qui restaient dans les poches
du vieux manteau qui couvre,
rechauffe et apporte des cuillerées de chaleur    
en l’hiver qui nous envahit.
Ne notes tu comment il fait froid 
depuis que le père est mort?
C'est comme si lorsque le fossoyeur ouvre la niche
où reposait  le grand-père, et maintenant où ils y sont tous les deux,
aurait sorti comme une trombe d’eau
tout la glace de  la mort
et aurait innondé champs, montagnes,
jusqu’au bord de la mer,
jusqu’au bord de la maison où ils ont habité
jusqu’au bord de nos cœurs où ils sont toujours.
Un chat est mort aujourd'hui à la porte,
Je ne sais pas ce que les enfers ont voulu
me predire de telle façon les oracles.
Je suis un homme avec un cœur trop tendre,
et la tristesse est si forte et intense.
Je m'inquiète le plus
du caractère éphémère de la vie,
et le fait de n’avoir jamais pu être
ami de mon père,
le père que je ne reverrai pas plus.
Je me tais, la douleur s’est installée  
dans ma cage thoracique
et je note qu’elle y est à l'aise,
elle est devenue une locataire
qui me paie religieusement
avec une tristesse lourde et amère.
Il n'est pas facile de partager la douleur,
Pas non plus écrire pour partager un poème,
et les vers et la tristesse forniquent
et me libérent de la peine
pendant quelques légers instants.



7.
No és fàcil compartir la tristesa,
arrossega amb ella substàncies
que conformen un tap.
Mai no s’endevina per on
pot esclatar
i dur-se al seu darrere
els bocins de felicitat
que restaven en les butxaques
del vell abric que ens cobreix
i aporta cullerades de calor
en l’hivern que ens ha envaït.
¿No t’has adonat del fred que fa
des que el pare va morir?
És com si en obrir el fosser el nínxol
on descansava l’avi, i ara ho fan tots dos,
haguera eixit com una trompa d’aigua
tota la gelor de la mort
i haguera negat camps, muntanyes, ciutats
fins a la vora del mar,
fins a la vora de la llar on van viure
fins a la vora dels nostres cors on encara hi són.
Un gat a mort avui en la porta de casa,
no sé que dimonis hauran volgut
predir-me d’aquesta manera els oracles.
Sóc un home amb el cor massa tendre,
i la tristesa és tan forta i intensa.
Em preocupa d’allò més
la fugacitat de la vida,
i el fet de no haver pogut mai ser
amic de mon pare,
el pare que mai més veuré.
Calle, el dolor s’ha instal·lat
en la meua caixa toràcica
i note que es troba a gust,
s’ha convertit en un llogater
que em paga religiosament
amb una amarga i feixuga tristesa.
No és fàcil compartir el dolor,
tampoc escriure per compartir un poema,
i els versos i la tristesa forniquen
alliberant-me de la pena
durant uns lleus instants. 

*****
(Traduction: Enric Sanç i Ferrandis
Du recueil de poemès Hores baixes de Manel Alonso i Català )



divendres, 25 de maig del 2012

UN ÉTRANGER


Un étranger s'approche des collines,
dans le sommet une fleur est ouverte et s'offre radiant.
Silence.
Seulement un reflet léger dans le regard
dénonce des volontés furtives de récolte.
Silence.
Au-delà de la plaine il y a une rivière occulte
où coulent des liquides épais.                                                                          
Tiens!
Imperceptible, s’écoute le bruit
de la concupiscence.


La llum s’ha posat sobre els rosers,
s’ha posat sobre els rosers
 i els ha fertilitzat
Joan Baptista Campos
Un estrany s’acosta als tossals,
al cim una flor s’obri i es mostra ufana.
Silenci.
Només un lleu reflex a l’esguard
li denuncia furtives voluntats de collita.
Silenci.
Hi ha un riu ocult, més enllà de la plana,
on flueixen líquids espessos.
Calla!
Imperceptible, s’escolta la fressa
de la concupiscència.

**********
(Traduction: Manuel Bellver)
Du recueil de poemès Si em parles del desig de Manel Alonso i Català (Onada edicions, 2010)


dilluns, 14 de maig del 2012

CONTE DE L'IBÉRIE ORIENTALE



Lorsque la fontaine des libertés a éclatée,
en brisant la nuit en mille pétales d’aube,
les sbires des roitelets du couchant
ont monté sur la bête corrompue
l’essence de mon peuple.
D’éperons d’ignorance,
de coups de la presse et de statistiques,
magnifiques récoltes des fruits
des urnes et de la démagogie.
La bête, bien nourrie, chevauche toute-puissante
vers la grotte et leurs abîmes.
De temps en temps, dans une clairière de la forêt,
elle s’arrête et nous sodomise.
Elle me sodomise et barbouille mes mots
avec de la haine.

Les raisons de mon État
sont la croix de ma nation.
Toutefois, on ne doit jamais perdre l’espoir.


Conte de la Ibèria oriental

Quan va esclatar la font de les llibertats,
trencant la nit en mil pètals d’alba,
esbirros dels reietons de ponent
muntaren sobre la bèstia corrupta
l’essència del meu poble.
Esperons d’ignorància,
cops de premsa i estadística,
magnífiques collites dels fruits
de les urnes i la demagògia.
Ben nodrida la bèstia, cavalca prepotent
vers la caverna i els seus abismes.
De tant en tant, en una clariana del bosc,
s’atura i ens sodomitza.
Em sodomitza i empastra els meus mots
de molt mala llet.

Les raons del meu Estat
són la creu de la meva nació.
Així i tot, mai no cal perdre l’esperança.

****
(Traduction: Emili Gil i Pedreño. Du recueil Com una òliba de Manel Alonso i Català-editorial Aguaclara, Alacant, 2002-)

dijous, 6 de gener del 2011

DANS CE CORPS


Dans ce corps ma vie est tatouée
Dans chaque sillon tracé par la ineffable charrue du temps
je trouve mon amour, mon désir,
mon plaisir, ma douleur, ma fantaisie
en désirant devenir semence de joie perpétuelle.

(Traduction: Manuel Bellver)
Du recueil de poemès Si em parles del desig (Onada edicions, 2010)

divendres, 10 de desembre del 2010

ENTRER


Entrer, s'accrocher, remuer le bas ventre avec volonté de se rompre ou de rompre, avec la tête pleine d'images, avec la bouche pleine de mots, pris pour un vent qui t'arrache des viscères et il te sort de la gorge à des bouffées épaisses. Lever, comme une vengeance, l'étendard de la furie jusqu'à ce que la force t'abandonne i la chimie des sens te surgit du corps comme un feu blanc d’artifice.

Ne pense pas qu'alors tu as laiseé d'être mer, passée l’emportement vient le calme.
Un bouquet de lis indique un naufrage.


(Traduction: Manuel Bellver)
Du recueil de poemès Si em parles del desig (Onada edicions, 2010)

dijous, 2 de desembre del 2010

FEMME


Femme, le galant et aimable chevalier que tu aimes

et le dragon a pensée sinueuse et tourmentée que tu craignes

est un monstre a deux têtes capables de les caresses les plus tendres,

générateur également d’une violence soudaine et cruelle.


Femme, ta maison est une caverne avec une hypothèque,

une caverne sombre et amère de lunes éclipsées

où tu es attachée à une chaîne avec des maillons invisibles

difficile à traîner, impossible à briser.


Femme, l'estime et la haine, la peur et la déception

forniquent remplissant ta tête avec enfolies papillons

tandis que les miettes aigries de l'amour remplissen

tavec les flaques du ressentiment le sol où tu marches.


Femme, le paradis est la fuite rêvée, inaccessible,

le purgatoire l’habitacle où tu mâches la peine.

les limbes le sillon où est tuée la joie,

l'enfer le bleu infligé sur ta épiderme.


Traduction: Germán Vigo García

Vous pouvez lire la version originale et la traduction en espagnol sur le lien ci-dessous http://manelalonso.blogspot.com/2010/05/cuaderno-de-los-trujimanes-quadern-dels.html